Les Jardins musicaux
 28.08.2017, 00:01  

Un anniversaire fort en émotions

chargement
1/9  

 28.08.2017, 00:01   Un anniversaire fort en émotions

JARDINS MUSICAUX - Le festival a soufflé ses 20 bougies avec 13

«Je suis contente de cette édition, car il y a vingt ans, je pense qu’il y a des choses que nous n’aurions pas faites; depuis, nous avons acquis la liberté d’accueillir des artistes qui défendent des choses convaincantes dans un autre style que le nôtre», résume Maryse Fuhrmann, codirectrice des Jardins musicaux, dont la 20e édition s’est achevée hier à Cernier, au terme de 13 jours émaillés d’émotions de toutes sortes.

Exigence et ouverture d’esprit, la «formule» de Maryse Fuhrmann et Valentin Reymond a une nouvelle fois fait mouche, plébiscitée par quelque 13 500 spectateurs. Avec une fréquentation, tous sites confondus – Evologia, Parc Chasseral et Parc naturel du Doubs –, avoisinant les 95%, le cap est maintenu!

Axé autour de la musique des 20e et 21e siècles, le festival s’est, une nouvelle fois, fait l’écho d’œuvres «représentatives du monde aujourd’hui, d’une forme de chaos, d’une forme d’injustice». A l’image de «La fabbrica illuminata» de Luigi Nono, une pièce dédiée aux ouvriers de l’Italsider à Gênes. Portée par la voix pure de Clara Meloni, elle n’aurait pu trouver d’écrin plus approprié que l’ancienne fabrique de pâte de bois de Rondchâtel, lieu d’une «Bal(l)ade» où la force du message l’a disputé à feu la force hydraulique! Cent cinquante personnes ont rallié le bord de la Suze, «une belle surprise» pour un tel programme, dit Maryse Fuhrmann.

L’enthousiasme était de mise devant l’excellence du Beethoven trio Bonn – Jinsang Lee, piano, Mikhail Ovrutsky, violon, Grigory Alumyan, violoncelle –, gros coup de cœur de la codirectrice. Plus inattendues, les larmes de certains musiciens – «c’est rarissime!» – du Requiem allemand de Brahms l’ont touchée. Lors du coup d’envoi, ce même Brahms s’est vu associé à Bernstein, dans l’un de ces côtoiements de styles dont les Jardins ont le secret.

De l’art et du cochon

Mais la gravité n’est pas seule à fertiliser le terreau des Jardins. On y a vu des propositions plus légères, telles que le métissage entre cirque et musique du Freestyle Orchestra, appelé à mûrir. Ou telles que le «Concert sans retour» des Cinq de cœur, qui ont conquis celui du public. Certaines en ont même trépigné de bonheur! La fougue virtuose du violoniste Dimitri Artemenko – les crins de son archet s’en souviendront! – a, elle aussi, fait vibrer les gradins de la Grange aux concerts à l’issue de «Port-Danube». A juste titre encore, le pianiste Roger Muraro y a été ovationné, de même qu’une Erika Stucky ceinte d’une couronne d’oreilles de cochons ou que l’immersion hallucinante d’Usinesonore dans «Music for 18» de Reich. «Je suis heureuse de la réception de notre public, il est attentif et très chaleureux!»

Rendez-vous est pris pour l’an prochain.

Des souvenirs d’enfance aux projets d’avenir

Le programme de vendredi soir associait une composition de Victor Cordero, spécialement créée pour les Jardins, à la 4e Symphonie de Mahler. Heureuse idée que de commencer par la seconde, ordre chronologique certes, mais aussi thématique: la 4e évoque le monde de l’enfance tandis que «Papillon d’acier» a des airs d’adolescence. Distantes d’un bon siècle, les deux œuvres ont des affinités, ainsi l’emploi d’un violon désaccordé chez le Viennois relève-t-il de la musique populaire, à laquelle appartient le rythme binaire de «Papillon».

Au milieu des violons en quête d’unisson et des trompettes un peu trop forte, les grelots du premier mouvement nous emportent en troïka sur une route cahotante, mais pleine de charme et de fantaisie, l’orchestre sonnant telle une fanfare. Au cours de l’adagio alternent les passages édéniques qui rappellent la tendresse maternelle et les élans de notes graves marquant la douleur des séparations. Dans le lied du dernier mouvement, la diction parfaite de la gracieuse soprano Clara Meloni permet de nous faire entrevoir, à travers le regard d’un enfant, ce que pourrait être la vie céleste. Le ciel de Cordero est pour sa part chargé d’électricité. La répétition par les familles d’instruments respectives de deux notes appuyées et accelerando résonne comme les prolégomènes d’un monde nouveau. Métamorphose précédant l’envol d’un papillon malhabile qui prend de l’assurance grâce au legato des vents rejoints par les violons sur trois notes descendantes puis montantes. A la manière du rock progressif, le «morceau» se découpe en séquences ponctuées de soli. Lorsque les deux percussionnistes attaquent en chœur de forgerons un beat de base sur leurs grosses caisses, l’effet immédiat est d’ordre physique: nos fibres répondent d’instinct à cet appel de la tribu. didier delacroix


Top