30.06.2017, 00:01  

Ils veulent tous leur part du gâteau

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Serbie - Pays-Bas, telle était l’affiche de la dernière finale de la Coupe du monde. Preuve que toutes les nations peuvent briller en 3x3.

 30.06.2017, 00:01   Ils veulent tous leur part du gâteau

Par François Rossier

BASKETBALL - Les petites nations, dont la Suisse, rêvent de jouer un rôle majeur en 3x3.

Basket 3x3. Au milieu du parc des Chantiers, à Nantes, sous l’œil bienveillant du grand éléphant mécanique qui part en balade avec une flopée de touristes sur son dos, la sono crache ses décibels et les «MC» hurlent leurs encouragements.

Sous la grande bâche ronde servant de parasol géant, devant un millier de spectateurs, Serbes et Néerlandais se battent pour...

Basket 3x3. Au milieu du parc des Chantiers, à Nantes, sous l’œil bienveillant du grand éléphant mécanique qui part en balade avec une flopée de touristes sur son dos, la sono crache ses décibels et les «MC» hurlent leurs encouragements.

Sous la grande bâche ronde servant de parasol géant, devant un millier de spectateurs, Serbes et Néerlandais se battent pour conquérir la quatrième Coupe du monde de basket à 3 contre 3. En dix minutes, la Serbie, grande favorite, plie l’affaire face aux Pays-Bas, l’une des nations phares du 3x3. Cette scène, qui n’a rien d’une illusion, s’est déroulée la semaine dernière dans le chef-lieu de la Loire-Atlantique.

L’exemple néerlandais

Réputés pour leurs footballeurs à l’époque des Gullit, Rijkaard et van Basten, leurs tulipes et leurs moulins à vent, les «Oranje» brillent aujourd’hui dans le 3x3 où ils ont décroché une médaille d’argent chez les hommes et une quatrième place chez les dames lors de la dernière Coupe du monde. Pour un pays qui n’a participé qu’une seule fois à l’Eurobasket au cours des trente dernières années, la performance est de taille.

«Le basket à 5 contre 5 reste prioritaire pour notre fédération, mais nous encourageons l’organisation de tournois 3x3 dans les écoles pour les enfants de moins de 10ans. A Noël, nous effectuons aussi une coupure dans le championnat afin de valoriser le 3x3», explique Brian Benjamin, coach de l’équipe masculine néerlandaise.

La Suisse est partie tôt

Swiss Basketball cherche aussi à tirer son épingle du jeu. Avec quatre filles au top (lire ci-dessous), la Suisse s’est fait une place dans le monde du 3x3. «Cela fait trois ans que nous investissons dans cette discipline», rappelle Giancarlo Sergi, président de la fédération. «Lors de l’assemblée générale, tout le monde n’était pas convaincu par le potentiel du 3x3, mais nous avons réussi à faire passer le projet pour engager un responsable du développement, Sébastien Clivaz, et un responsable des équipes nationales, Damien Leyrolles.»

Partie tôt, la Suisse doit passer la vitesse supérieure si elle entend se maintenir dans le haut du panier. «Il faut qu’on investisse beaucoup plus. Maintenant que la discipline est olympique, les autres nations vont se réveiller», anticipe Giancarlo Sergi.

Une nouvelle réalité confirmée par les propos de Jean-Pierre Siutat, président de la Fédération française, présent la semaine dernière à Nantes pour remettre les prix aux meilleurs joueurs et joueuses de la Coupe du monde. «Nous attendions la décision du CIO avant de nous lancer véritablement dans le 3x3. Maintenant qu’il est au programme des Jeux, nous allons développer une filière de haut niveau.»

A côté de la France, d’autres pays vont sortir de leur torpeur, à l’instar des Etats-Unis, intouchables à 5 contre 5, mais qui, jusqu’ici, n’ont remporté qu’une seule médaille (d’argent) dans le 3x3 masculin, ou de l’Espagne, absente des podiums mondiaux de 3x3 depuis le lancement de la discipline en 2010.

Les places seront chères

La Fédération internationale, elle, se frotte les mains. Désireuse d’implanter le basketball au cœur des villes, d’accroître le nombre de ses joueurs et d’intéresser un nouveau public, plus jeune et plus urbain, la Fiba a atteint le Graal avec l’entrée du 3x3 dans le programme olympique. Un coup d’accélérateur inégalable qui se ressent sur toute la planète basket. «Je n’arrête pas de recevoir des messages de joueurs qui veulent des renseignements pour commencer le 3x3», dévoile Giancarlo Sergi, qui promet d’aller «chercher de l’argent supplémentaire sans toucher au budget du basket à 5 contre 5».

«Il faut aussi voir cela comme un investissement. Développer une discipline comme le 3x3 peut rapporter beaucoup. On l’a vu avec le beach-volley. Grâce à lui et aux bons résultats obtenus sur la scène internationale, la fédération de volley touche d’importantes subventions de la part de Swiss Olympic. Si le basket veut en profiter, il faut absolument poursuivre notre effort», ajoute le président de Swiss Basketball.

Bien décidées à croquer à pleines dents dans ce nouveau gâteau fort appétissant, la Suisse et les autres (petites) nations auront-elles les moyens de leurs ambitions? Avec seulement huit tickets à disposition pour les JO, les places seront chères, très chères même. Et le rêve porté par la Fiba d’aller «de la rue aux Jeux olympiques» risque fort, pour beaucoup, de ne jamais se réaliser...

«Il suffit d’avoir quatre bonnes joueuses»

Avec le 3x3, la Suisse, qui vient de qualifier ses équipes masculines et féminines pour la Coupe d’Europe, a trouvé une discipline qui convient mieux à son petit bassin de pratiquants que le 5 contre 5, où elle ne participe jamais aux grands événements internationaux. «Si les Jeux avaient lieu l’année prochaine, nous serions qualifiés», n’hésite pas à affirmer Giancarlo Sergi, le président de Swiss Basketball, en mettant en avant la belle sixième place de l’équipe féminine lors de la Coupe du monde de 3x3. «Le problème est qu’il faudra attendre 2020», ajoute toutefois le Vaudois.

Un problème, effectivement. Car en trois ans, la hiérarchie mondiale va évoluer. Et les joueuses suisses qui sont au sommet de leur art aujourd’hui ne le seront plus forcément en 2020. «Les Jeux constituent une grande motivation», assure cependant Sarah Kershaw (32 ans), qui vient d’annoncer sa retraite des parquets, mais qui serait «prête à reprendre si l’opportunité de se qualifier se présentait».

Sa coéquipière Alexia Rol (27 ans) pense aussi (un peu) aux JO: «C’est loin 2020, mais ça serait super de finir sa carrière aux Jeux. On verra... Cela va dépendre de nous quatre.» Nous quatre? Les quatre copines – Kershaw et Rol, plus Caroline Turin et Marielle Giroud – qui font la pluie et surtout le beau temps dans le basket féminin helvétique depuis de nombreuses années.

Alexia Rol et Caroline Turin avaient joué ensemble à Université Neuchâtel. «Elles se connaissent toutes très bien et cela constitue indéniablement un gros avantage dans le 3x3 où il faut une prise de décision très rapide», explique Damien Leyrolles, coach des équipes nationales de 3x3, qui apprécie cette discipline où la Suisse «peut battre tout le monde». La raison? «Il suffit d’avoir quatre bonnes joueuses», résume-t-il.

«A 5 contre 5, il nous manque une bonne meneuse et une bonne intérieure, deux postes primordiaux. En 3x3, où il faut des joueuses complètes capables aussi bien de dribbler, passer, pénétrer et shooter, nous sommes mieux armées», ajoute Sarah Kershaw.

Si le 3x3 offre une chance de briller aux petites nations, la discipline n’est pas donnée à tout le monde. «C’est un jeu différent du basket en salle. Il y a beaucoup plus d’intensité», compare Natan Jurkovitz, membre de l’équipe nationale masculine.

Si beaucoup de basketteurs tentent aujourd’hui l’expérience du 3x3, à terme, ce sera, à n’en pas douter, une histoire de spécialistes. Les Serbes, doubles champions du monde en titre, ont déjà franchi le pas. Ils ne jouent plus qu’en 3x3 et, grâce à des dotations en constante augmentation sur le circuit mondial, ils parviennent même à vivre du 3x3! Une exception qui ne le sera bientôt plus.


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