14.08.2017, 00:01  

Le 4x100 m, une merveille suisse

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 14.08.2017, 00:01   Le 4x100 m, une merveille suisse

Par alexandre lachat

ATHLÉTISME - Les Helvètes se sont brillamment mises en évidence aux Mondiaux.

Excellentes 5es de la finale du 4x100 m samedi soir, les relayeuses suisses ont signé, outre un nouveau record de Suisse (42’’50 en séries), un véritable exploit qui en appelle d’autres.

Ajla Del Ponte, Sarah Atcho, Mujinga Kambundji et Salomé Kora, en 42’’51, n’ont été battues que par les Etats-Unis (41’’82), la Grande-Bretagne (42’’12), la Jamaïque (42’’19) et l’Allemagne (42’’36).

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Excellentes 5es de la finale du 4x100 m samedi soir, les relayeuses suisses ont signé, outre un nouveau record de Suisse (42’’50 en séries), un véritable exploit qui en appelle d’autres.

Ajla Del Ponte, Sarah Atcho, Mujinga Kambundji et Salomé Kora, en 42’’51, n’ont été battues que par les Etats-Unis (41’’82), la Grande-Bretagne (42’’12), la Jamaïque (42’’19) et l’Allemagne (42’’36).

La Suisse, pays de ski, de descente et de super-G, est aussi capable d’aller très très vite sur un tour de piste. En décrochant une fantastique 5e place en finale du 4x100 m, samedi soir aux championnats du monde de Londres, dans un stade à nouveau archicomble (60 000 spectateurs, guichets fermés) et dans une ambiance surchauffée, la Tessinoise Ajla Del Ponte, la Vaudoise Sarah Atcho, la Bernoise Mujinga Kambundji et la Saint-Galloise Salomé Kora – bel exemple d’unité et de diversité confédérale – ont signé un exploit qu’il s’agit d’apprécier à sa juste valeur.

Chorégraphie

Auteurs d’un nouveau record de Suisse le matin lors des séries (42’’50), les quatre gazelles n’ont pas tremblé en soirée, offrant même au public british – luxe suprême de la décontraction – une chorégraphie de leur cru lors de leur entrée en piste!

«Cela reflète bien l’ambiance qui règne au sein du groupe», soulignait au terme de la course une Mujinga Kambundji rayonnante après sa grosse déception vécue en demi-finales du 200 m. «Nous avons beaucoup de plaisir à nous entraîner ensemble, à courir ensemble.»

«On a cherché des exemples de chorégraphies sur internet durant l’après-midi», enchaîne Sarah Atcho. «Et, lorsqu’on a trouvé la bonne, on l’a entraînée.»«Oui, presque plus que la course!», rigole Salomé Kora. «Bon, on est là pour prendre du plaisir, pour s’amuser», pouffe alors Sarah Atcho.

Plus sérieusement, ce 4x100 m féminin, formé dès 2011 par Laurent Meuwly et repris il y a neuf mois par l’Allemand Ralph Mouchbahani, a signé avant-hier soir le meilleur résultat absolu de sa jeune histoire. Preuve que Swiss Athletics avait su prendre la bonne décision à la fin de l’année dernière: le passage de témoin à Mouchbahani imposé à Meuwly a permis le retour dans l’équipe de Mujinga Kambundji, essentielle, indispensable dans le quatuor. Il faut toutefois rendre à César ce qui est à César: la 5e place obtenue samedi est aussi et surtout le fruit du travail du Fribourgeois, qui a porté ce relais à bout de bras durant six ans – malgré ses différends avec Kambundji – et qui continue d’entraîner Atcho, Del Ponte et Kora, lesquelles ont énormément gagné en vitesse par rapport à l’an dernier.

Des éléments qui expliquent le niveau d’excellence et de régularité démontré par les quatre jeunes femmes cette saison: 42’’53 le 6 juillet à Lausanne, 42’’50 samedi matin à Londres, 42’’51 samedi soir. Ceci avec des transitions peut-être pas aussi agressives que l’an dernier, mais qui demeurent excellentes, exception faite de la charnière entre Atcho et Kambundji samedi matin. «Ce qui prouve que nous avons encore de la marge», constate avec à-propos Salomé Kora. «Mais je crois que nous avons atteint ici le maximum de ce que nous étions en droit d’espérer», estime Ajla Del Ponte.

«Oublier nos complexes»

C’est juste. Car, pour la seconde fois après 2015, toutes les grosses cylindrées du 4x100 m sont arrivées à bon port. En 2003, en 2005, en 2007, en 2009 et en 2011, disqualifications de l’une ou l’autre des équipes favorites aidant, ses 42’’51 signés samedi soir auraient suffi à l’équipe de Suisse pour s’adjuger, mais oui, la médaille de bronze. Mieux: elle aurait obtenu l’argent en 2013 à Moscou, derrière la Jamaïque (41’’29), mais devant les Etats-Unis (42’’75), la Grande-Bretagne (42’’87) et l’Allemagne (42’’90)!

«Il nous faut oublier nos complexes», lance encore Sarah Atcho. «Nous sommes un tout petit pays mais, aujourd’hui (réd: samedi), nous battons le Brésil, les Pays-Bas de Dafne Schippers ou encore la France. L’an prochain, aux Européens de Berlin, notre objectif sera clair: ce sera le podium.»

Cela semble effectivement évident. Car cette équipe-là est capable de merveilles dans une discipline qui, au fil des rebondissements, s’apparente parfois à la cour des miracles. Ce n’est pas la Belgique, sacrée championne olympique en 2008 à Pékin en 42’’54, qui prétendra le contraire.

l’année 1962, fameux millésime

Sur le plan international, la Suisse a remporté une seule médaille en relais: le bronze, en 1962 à Belgrade, par le quatuor Galliker-Theiler-Bruder-Descloux sur le 4x400 m. C’est sur le podium européen et non mondial que les quatre hommes étaient montés cette année-là. Au niveau planétaire, avant la journée de samedi, les relais suisses n’étaient parvenus à se hisser en finale qu’à quatre reprises: les hommes aux JO de 1924 à Paris (4x100 m, disqualifiés), aux JO de 1928 à Amsterdam (4x100 m, 5es) et aux JO de 1960 à Rome (4x400 m, 6es); les femmes aux Mondiaux de 1993 à Stuttgart (4x400 m, 8es).

Un nouveau relais féminin en gestation

La belle aventure du 4x100 m donne des envies. L’hiver dernier, Laurent Meuwly, dessaisi du 4x100 m, a lancé la bonne idée de bâtir un 4x400 m performant. «L’objectif est de monter une équipe pour les Européens de 2018 à Berlin, puis pour les Mondiaux de 2019 à Doha et pour les JO de 2020 à Tokyo», explique Peter Haas, directeur technique national.

Meuwly a formé un premier cadre, articulé autour de Lea Sprunger. En font aussi partie: Sarah Atcho, Selina Büchel, Yasmin Giger, Fanette Humair, Robine Schürmann, Veronica Vancardo et Vanessa Zimmermann, «plus Petra Fontanive, mais cette dernière a décidé d’abandonner la compétition», précise le Fribourgeois. Ellen Sprunger, elle, est en réserve.

Objectif à court terme: les Européens de Berlin. Notre équipe nationale a les moyens d’y arriver en finale. «Le record de Suisse est fixé à 3’28’’52 depuis 1993», rappelle Meuwly. «Cela représente une moyenne de 52’’0 par athlète. Il peut être battu. Mais, tout d’abord, outre les 3’33’’10 signés fin juin en coupe d’Europe, nous avons besoin d’un second temps de référence pour être admis aux championnats d’Europe, l’an prochain. Or, il n’y aura pas de coupe d’Europe en 2018. Et il n’est pas certain que les Mondiaux de relais aient lieu. Comme les 4x400 m ne courent pas les rues, il nous faudra certainement monter une course en Suisse, à Genève ou à Lucerne.»

Surtout, avec un projet emmené par des coureuses de 200 m (Atcho), de 800 m (Büchel) et de 400 m haies (Sprunger, Giger), il faut que les horaires d’engagement des athlètes soient compatibles. Or, l’an prochain, à Berlin, les séries du 4x400 m auront lieu le même jour – vendredi 10 août – que les séries et demi-finales du 200 m, la finale du 800 m et la finale du 400 m haies! «Nous sommes conscients de ce problème, raison pour laquelle nous devons élargir la base du cadre, avec des athlètes comme Vanessa Zimmermann et Fanette Humair, par exemple», précise Laurent Meuwly.

Ici à Londres, il fallait courir en 3’27’’59 ou moins pour forcer les portes de la finale. Le défi est loin d’être gagné pour la Suisse. «Nous devons désormais multiplier les occasions de courir des 4x400 m afin d’apprendre à courir à la bagarre et non plus simplement dans des couloirs», estime Laurent Meuwly. Et Peter Haas de conclure: «Et puis, le relais mixte 4x400 m qui sera lancé aux JO de Tokyo, en 2020, représente aussi peut-être pour nous une belle opportunité.»

tour de piste

diniz marche sur l’or Triple champion d’Europe, vice-champion du monde en 2007 à Osaka, à l’agonie l’an passé aux JO de Rio, Yohann Diniz a enfin été sacré champion du monde. Le Français a remporté hier matin le 50 km des épreuves de marche. Cela n’a pas marché pour les Suisses: Alex Florez a été disqualifié sur 50 km, Laura Polli a fini 49e sur 20 km.

champion, kevin Mayer! Avec 8768 points, Kevin Mayer est devenu le premier décathlonien français à remporter l’or au niveau mondial, JO compris. Il a ainsi fait mieux que ses illustres prédécesseurs Christian Plaziat, Alain Blondel et Romain Barras, sacrés champions d’Europe en 1990, 1994 et 2010.

la semaine maudite de bolt Le Queen Elizabeth Olympic Park, plein comme un œuf, n’avait d’yeux que pour lui. Mais Usain Bolt (photo Keystone)a disputé le championnat de trop. Battu sept jours plus tôt sur 100 m, le golden boy des pistes ocres s’est écroulé samedi soir en finale du 4x100 m. Foudroyé par une crampe à la cuisse gauche, il n’est pas arrivé au terme de la dernière course de sa fabuleuse carrière, s’écroulant, témoin en main, à 60 mètres de l’arrivée. «J’avais déjà ressenti une douleur le matin au terme des séries, mais je tenais absolument à courir cette finale», a-t-il expliqué hier. Bolt à terre, le titre est revenu aux Britanniques.

mo farah en reste à cinq Comme Bolt, Mo Farah, 2e du 5000 m, a perdu le dernier grand défi de sa formidable carrière sur piste. Le Britannique a été victime de la coalition éthiopienne, emmenée par Muktar Edris. Vainqueur du 10 000 m au premier soir, Farah en restera donc à cinq doublés 5000 m-10 000 m d’affilée, entre 2012 et 2016. Une série extraordinaire.

quelle foule! Avec 30 médailles au total (10/11/9), les Etats-Unis ont dominé ces 16es Mondiaux, extrêmement bien mis en scène et qui ont bénéficié d’une ferveur populaire sans précédent, avec plus de 700 000 spectateurs sur l’ensemble des dix journées. La Jamaïque, avec 4 médailles seulement (1/0/3), est rentrée dans le rang. Côté européen, la France, avec 5 médailles (3/0/2), a brillé, contrairement à l’Italie (1 fois le bronze) et l’Espagne, bredouille. Mais c’est la Pologne, avec 8 médailles (2/2/4), qui est montée le plus de fois sur le podium.


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