13.09.2017, 00:01  

De l’intelligence pour un «non-lieu»

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 13.09.2017, 00:01   De l’intelligence pour un «non-lieu»

CIRCULATION - Un jeune architecte se penche sur les cicatrices autoroutières de l’A5, à Neuchâtel. Sa thèse propose des réalisations utiles à Champ-Coco.

Lorsqu’ils évoquent des «non-lieux», les urbanistes font souvent référence aux échangeurs et jonctions d’autouroute. Ce terme décrit à lui seul ces endroits caractéristiques et singuliers: des espaces où personne ne va, où nul n’y a accès, hormis les employés de la voirie et parfois au risque de leur vie.

Tout le monde ou presque se moque de ces «non-lieux»...

Lorsqu’ils évoquent des «non-lieux», les urbanistes font souvent référence aux échangeurs et jonctions d’autouroute. Ce terme décrit à lui seul ces endroits caractéristiques et singuliers: des espaces où personne ne va, où nul n’y a accès, hormis les employés de la voirie et parfois au risque de leur vie.

Tout le monde ou presque se moque de ces «non-lieux» puisqu’ils ne sont, somme toute, qu’un amas de ferraille bétonnée destiné à répartir le trafic en fonction de sa destination. Sauf à Neuchâtel!

Corseté entre lac et contreforts du Jura, le chef-lieu cantonal vit une relation particulière avec ses échangeurs autoroutiers: car ils séjournent en pleine ville! «C’est à peu près unique en Suisse», remarque Axel Gassmann, en pointant les infrastructures de Serrières, Nid-du-Crô (les deux au bord du lac) et Champ-Coco (au centre de la ville, dans le vallon éponyme), voire encore le viaduc de Vauseyon.

Ville balafrée

Cet enfant de Chez-le-Bart vient de consacrer son travail de master en architecture à cette originalité neuchâteloise. «Dans les autres villes du pays, les giratoires et échangeurs se trouvent à l’extérieur de la localité. Leur accès est généralement garanti par une route secondaire», relève le désormais ex-étudiant de la Fachhochschule Nordwestschweiz (FHNW) de Bâle. Ce n’est pas le cas de Neuchâtel. Et cela a sauté aux yeux de l’auteur des «Cicatrices de l’autoroute», lorsqu’il a consulté des vues aériennes de Neuchâtel: «Sur ces orthophotos, l’œil est attiré par les courbes de l’A5. Et on découvre cet improbable rapport entre les infrastructures autoroutières et la ville.» Improbable, car «l’autoroute est un organisme autocentré; il ne dépend pas de la ville qu’elle traverse de plein fouet. Ces cicatrices sont dans la ville mais elles n’interagissent pas avec elle. Elles n’offrent qu’un seul service: se déplacer à grande vitesse. L’autoroute reste un terrain d’action réservé aux ingénieurs et autres experts en circulation qui n’ont pas pour mission d’inclure une dimension sociale à leurs ouvrages», analyse Axel Gassmann, sans émettre aucun jugement de valeur.

Hub multimodal

Pour austères qu’ils puissent paraître, ces échangeurs offrent d’énormes qualités à qui sait les lire. Aux yeux du jeune architecte, Champ-Coco dispose d’un grand potentiel de développement. Et Axel Gassmann s’est projeté dans une ou deux décennies pour illustrer son projet d’aménagement du vallon, entre la rue des Parcs et la colline de Saint-Nicolas (qui seraient reliées par une passerelle).

Le jeune homme de 28 ans table sur les énormes changements prévisibles ces prochaines années en termes de mobilité. «La planification des autoroutes suisses remonte aux années 1960. Aujourd’hui, il faut réfléchir à construire d’autres choses sur ces échangeurs et remplir ces tacons au centre-ville.»

Sa thèse table sur l’élévation des trois immeubles aux fonctions différentes. D’abord un hub multimodal dans la surface résiduelle de l’autoroute où seraient stationnés des véhicules autonomes. «En arrivant à Neuchâtel en train, il suffirait de commander une voiture. Celle-ci viendrait toute seule vous chercher dans cette petite gare», évoque l’architecte-visionnaire. En toiture serait installé, par exemple, un skatepark (qui ne générerait pas plus de nuisances sonores que l’autoroute).

Industrie 4.0

Une tour montée sur des piliers accueillerait des bureaux et une bibliothèque dans les derniers étages. «Cela donnerait une présence physique dans la ville. Comme au quartier Ecoparc avec sa tour de l’OFS.» Enfin, la rue des Parcs, aurait vocation touristique avec hôtel, auberge de jeunesse ou estudiantine avec la création de logements pour étudiants. Grâce à une passerelle et un ascenseur, la rue des Parcs aurait une connexion avec le Musée d’ethnographie et le lac.

Sur la jonction de Serrières, Axel Gassmann ferait revivre le passé industriel du quartier par l’implantation de fabriques automatisées 4.0 et des logements de qualité. Au Nid-du-Crô, où les installations de loisir sont légion, il serait loisible d’y créer un centre nautique avec le plus grand wave center de Suisse, des hôtels et logements.

«Ces lieux déshérités sont, à l’instar d’une friche industrielle, une chance pour demain. Ils permettent d’envisager une deuxième couche, en faveur cette fois-ci de la ville, de l’agglomération et de sa population», conclut Axel Gassmann. Son utopie d’aujourd’hui permettra peut-être un jour, à Neuchâtel, de tirer parti de l’autoroute au lieu de la subir.


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