01.09.2017, 00:01  

«Un seul Oscar à ce jour»

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Marie-Eve Hildrand, réalisatrice et lauréate d’un Prix spécial du cinéma suisse pour le casting des voix de «Ma vie de Courgette».

 01.09.2017, 00:01   «Un seul Oscar à ce jour»

Avec quatre autres représentantes du milieu cinématographique, la cinéaste Marie-Eve Hildbrand fera entendre sa voix au cours du débat «Toujours potiches?» organisé demain soir à Neuchâtel, à l’occasion de l’inauguration des salles Apollo refaites à neuf. Lauréate d’un Prix spécial du cinéma suisse pour son magnifique travail sur le casting des voix de «Ma vie de Courgette», elle travaille...

Avec quatre autres représentantes du milieu cinématographique, la cinéaste Marie-Eve Hildbrand fera entendre sa voix au cours du débat «Toujours potiches?» organisé demain soir à Neuchâtel, à l’occasion de l’inauguration des salles Apollo refaites à neuf. Lauréate d’un Prix spécial du cinéma suisse pour son magnifique travail sur le casting des voix de «Ma vie de Courgette», elle travaille actuellement sur le scénario de son premier long-métrage documentaire produit par Jean-Stéphane Bron.

Sujet de ce débat émaillé d’extraits de films choisis par les intervenantes, la question de la place donnée aux femmes dans le domaine du cinéma est de plus en plus d’actualité, ce qui réjouit Marie-Eve Hildbrand: «Je suis heureuse de constater qu’il se passe enfin quelque chose. J’ai l’impression qu’il y a une forme de discrimination positive qui s’est créée envers les femmes. C’est peut-être par là que nous devons passer pour faire bouger les choses. Dans certains pays, ce processus est déjà bien engagé, comme au Canada, qui a promulgué une nouvelle loi sur la parité au niveau des subventions allouées à la production.»

Manque de visibilité

En Suisse, on n’en est pas là: «Les réalisatrices ne sont pas vraiment mises en avant. Les médias ne font pas forcément leur travail. Par exemple, le documentaire ‘Avant la fin de l’été’ de la réalisatrice franco-suisse Maryam Goormaghtigh a été présenté à Cannes cette année, mais les journalistes suisses n’en ont quasiment pas parlé, alors que ce film a suscité une pluie d’éloges sur la Croisette. Il y a un énorme travail à faire pour améliorer la visibilité et la reconnaissance des films réalisés par des femmes. Pour mémoire, une seule d’entre nous a gagné un Oscar à ce jour, idem pour la Palme d’or et le César du meilleur réalisateur!» Un certain espoir réside toutefois dans les écoles de cinéma, dont les étudiantes s’avèrent de plus en nombreuses. «A mon époque, nous n’étions que deux filles dans la classe. Depuis, la situation a évolué. A l’Ecole cantonale d’art de Lausanne, section cinéma, un effort est porté sur la parité, du moins en propédeutique. Lionel Baier, son responsable, veille aussi à faire venir des intervenantes en nombre.»

En œuvrant à plusieurs postes techniques, Marie-Eve Hildbrand a constaté que bien du chemin reste à faire. «Tout est mis en place pour que des critères dits masculins soient validés, comme la forme adoptée pour le film. Il y a un côté très militaire dans le cinéma, que ce soit sur les tournages ou dans la manière de faire des demandes de financement.» En enseignant le cinéma, elle se rend compte avec ses étudiantes que «sans faire de généralités, les filles ont souvent une autre approche. Dans le domaine du documentaire, c’est encore plus flagrant: elles parlent plus de faire un film ‘avec’ que ‘sur’ une personne. Elles souhaitent d’abord s’entretenir avec leurs protagonistes potentiels. Je crains que ce type de démarche différente soit moins valorisé lorsqu’il s’agit de demander des financements.»

En mode masculin?

Pour réussir, une réalisatrice doit-elle se mettre en mode masculin? «Le cinéma reflète complètement notre système économique. Si l’on veut faire de l’argent avec le cinéma, il faut faire des films d’action avec des stars, car on sait que ça marche mieux. Si une réalisatrice veut réussir à financer ses projets, elle y arrivera plus facilement si elle fait des films d’action avec des stars qu’en tournant des films intimistes joués par de parfaits inconnus. Le drame, c’est que ce principe de réalité est valable aussi bien pour une cinéaste qu’un cinéaste!»

Pour autant, Marie-Eve Hildbrand se sait heureuse d’être une femme. «J’ai un caractère qui fait que je ne peux pas réaliser un film si je n’ai rien à dire. J’avoue que si j’étais un homme, je me poserais peut-être moins de questions! Mais c’est bien de se poser des questions, non?»

Neuchâtel, cinéma Apollo, débat «Toujours potiches?», avec Emilie Bujès, Edna Epelbaum, Marie-Eve Hildbrand, Sara Hesse, Thomas Facchinetti et Véronique Rotelli; sa 2 sept. à 18h entrée libre. Apéritif offert à 19h30.

Suivi à 20h30 d’«Un mois de grève au pays de la paix du travail» en présence de la réalisatrice et des producteurs.

dimanche, les places sont à cinq francs

La deuxième Journée du cinéma devrait connaître un immense succès tant le programme est riche d’avant-premières et de films en présence d’invités. A Neuchâtel, les festivités démarrent samedi soir avec un grand débat sur les femmes et le cinéma (ci-dessus). Le débat sera suivi du documentaire «Un mois de grève au pays de la paix du travail» de Véronique Rotelli, qui revient sur la grève du personnel de l’entreprise Dubied, l’une des plus importantes qu’a connues la Suisse. Dimanche, le public est invité à s’en mettre plein les pupilles pour cinq francs la place. L’avant-première du très hip-hop «Patti Cake$» sera précédée d’une intro de l’artiste David Charles. Le sexothérapeute Vincent Jobin, collaborateur au Groupe sida, viendra présenter «120 battements par minute», sur la lutte d’Act Up-Paris dans les années 1990. Le réalisateur Raphaël Blanc accompagnera «Les voyages extraordinaires d’Ella Maillart», consacré aux aventures de la célèbre écrivaine et photographe. Enfin, La Lanterne magique invite les enfants à un atelier de bricolage ciné et à l’avant-première de «Bigfoot Junior», un film d’animation inspiré de la légende du Bigfoot dans les montagnes sauvages. Ceci sans oublier tous les films à l’affiche qui, à ce prix-là, ne se refusent pas.


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