14.09.2017, 00:01  

«J’avais envie d’écrire sur l’internet...»

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 14.09.2017, 00:01   «J’avais envie d’écrire sur l’internet...»

AUDE SEIGNE - L’auteure genevoise écrit son livre le plus romanesque avec «Une toile large comme le monde» et explore l’impact écologique d’internet. Choral et passionnant.

Une créatrice de cosmétiques maison en ménage avec ses deux colocataires, un ingénieur portuaire chinois qui gère le déplacement de quelque 90 000 conteneurs polychromes, la directrice d’une ONG passionnée par la protection de l’environnement, une informaticienne, tous sont en lien, réel ou virtuel, et s’interrogent sur la place...

Une créatrice de cosmétiques maison en ménage avec ses deux colocataires, un ingénieur portuaire chinois qui gère le déplacement de quelque 90 000 conteneurs polychromes, la directrice d’une ONG passionnée par la protection de l’environnement, une informaticienne, tous sont en lien, réel ou virtuel, et s’interrogent sur la place d’internet dans leur vie et dans le monde. L’un pense qu’il lui a enlevé son fils, l’autre est victime d’un piratage. Et au milieu de l’océan passe un câble qui donne le prétexte à des pages saisissantes sur la beauté cachée des fonds marins.

Comment est né «Une toile large comme le monde»?

C’est un sujet sur lequel j’ai envie d’écrire depuis un moment. J’étais une grande fan du premier internet en 1998, quand il est arrivé à la maison. Après j’ai fait des études très classiques, de grec, puis de lettres. En 2009, j’ai été chargée de projet web pour la ville de Genève pendant 3 ans, donc il fallait réfléchir comment écrire spécifiquement pour le Net. J’avais envie d’écrire sur le web, et j’appelais ça mon gros roman technologique. J’ai mis des années avant de trouver sa forme. J’ai récolté une quantité d’articles sur le sujet. Je connaissais l’existence de data center, mais je n’en avais jamais vu. J’en ai vu depuis, pour l’écriture de mon roman. J’ai découvert le câble en 2014, dans le livre d’un journaliste américain. Il racontait qu’il avait été privé d’internet pendant deux semaines, parce qu’un écureuil avait grignoté le câble de son arrière-cour! A ce moment-là, je me suis dit que j’avais trouvé l’angle de mon roman, et que j’allais l’axer sur l’aspect matériel du web.

Les premières pages, avec un câble au fond de l’océan et les créatures qui vivent dans cet endroit sont très visuelles.

Je n’ai pas inventé grand-chose dans ce roman, j’ai surtout mis ensemble le résultat de plusieurs années de recherches. Google a fait une conférence de presse sur le problème des requins qui abîmaient le câble. Mais c’était excessif, parce qu’il n’y a qu’une panne par décennie due aux requins. Les principales pannes sont dues aux activités humaines, comme la pêche. J’ai trouvé drôle qu’ils prennent les requins si au sérieux.

Quelle est votre relation avec internet?

Comme je me consacre à l’écriture et que je travaille chez moi depuis un an, tout passe par le Net. Pour moi, sa fonction est surtout utilitaire. Je fréquente les réseaux sociaux, mais j’arrive facilement à m’en tenir à l’écart quand il le faut, donc ce n’est pas chronophage pour moi. Malgré tout, hier, je travaillais sur un autre projet, et je n’ai pu m’y mettre qu’à 18h, parce que j’ai reçu 26 mails et j’en ai envoyé 15.

Quel est votre rapport avec vos personnages?

C’est tout à fait nouveau pour moi de créer des personnages de fiction. Ce sont vraiment les piliers de cette histoire. Quand j’ai réuni tous ces articles, j’ai retenu environ 30 caractéristiques. Par exemple, je voulais que l’un de mes personnages joue des jeux vidéo, et je me suis posé la question: «Qui le fera?» C’est en avançant dans l’écriture, que je me suis rendu compte que j’avais besoin d’un point commun avec chacun d’entre eux. Il suffisait d’un détail. June, elle, fait des cosmétiques maison, comme moi. Pénélope a de la peine à se réveiller le matin, boit des cafés et consomme des vitamines. J’avais besoin d’une porte d’entrée pour me mettre à leur place, et j’ai trouvé jubilatoire de le faire.

Avez-vous d’autres projets d’écriture

Avec Bruno Pellegrino et Daniel Vuataz, on travaille à trois sur des livres qui fonctionneront comme une série, équivalent des séries télé, mais en littérature. L’épisode-pilote sortira en janvier 2018, et les épisodes suivants se succéderont tous les trois mois.

Regardez-vous beaucoup de séries?

Oui, depuis quelques années je regarde autant de séries que je lis de livres, et je pense que ça influence mon écriture, notamment à cause de l’excellent storytelling de certaines séries.

«Une toile large comme le monde» Aude Seigne, Editions Zoé, 240 pages. 2017.

trois bonnes raisons de lire «Une toile large comme le monde»

De la poésie La matérialité de l’internet, c’est aussi le cadavre d’un cachalot au fond des océans. Frappant.

Un impact Une fois ce livre lu, on n’enverra peut-être plus ses courriels de la même façon.

Des personnages Aude Seigne en a fait toute une galerie.


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