23.08.2017, 00:01  

«Revivre cette époque au présent»

Abonnés
chargement
1/2  

 23.08.2017, 00:01   «Revivre cette époque au présent»

CINÉMA - «120 battements par minute», une œuvre clef sur les années sida.

En mai dernier, Robin Campillo a sans aucun doute décroché la Palme du cœur à Cannes avec son troisième long-métrage de fiction consacré à Act Up-Paris. Monteur, scénariste et réalisateur des déjà très réussis «Les revenants» et «Eastern Boys» (diffusé ce soir à 20h55 sur Arte), Campillo atteint ici une émotion assez inouïe, sans ambages ni racolage, à la...

En mai dernier, Robin Campillo a sans aucun doute décroché la Palme du cœur à Cannes avec son troisième long-métrage de fiction consacré à Act Up-Paris. Monteur, scénariste et réalisateur des déjà très réussis «Les revenants» et «Eastern Boys» (diffusé ce soir à 20h55 sur Arte), Campillo atteint ici une émotion assez inouïe, sans ambages ni racolage, à la bonne distance.

Robin Campillo, quelle est la genèse de «120 battements par minute»?

L’élément déclencheur remonte il y a longtemps, en 1982-1983, à l’époque où je me suis décidé à faire du cinéma. J’ai tout de suite pensé qu’il fallait que je fasse un jour un film qui traite du sida. Comme ce n’est pas un sujet de film ou de fiction en soi, ça m’a travaillé longtemps. A partir de 1992, j’ai milité plusieurs années au sein d’Act Up. J’avais déjà essayé d’écrire un scénario sur ce sujet, mais il ne me plaisait pas beaucoup, parce que c’était un récit très solitaire sur une personne qui vivait la maladie dans son coin. Et puis j’ai repensé à ce moment clef, où après dix ans d’épidémie, des gens se sont mis ensemble pour lutter contre le sida…

Y a-t-il une part autobiographique?

Je suis parti de mes souvenirs. La mémoire n’est bien sûr pas la réalité. Elle est déjà travaillée par l’imaginaire. J’ai donc redistribué les cartes de mes souvenirs au service de la fiction que je voulais raconter. Une fois cette phase terminée, j’ai vérifié quelques données pour m’assurer que je ne disais pas trop de bêtises. Ce n’est évidemment ni un documentaire, ni un film historique au sens propre du terme.

Est-ce que le titre s’est imposé très vite?

Non, au départ c’était BPM, pour battements par minute, mais les distributeurs m’ont fait remarquer que c’était peut-être compliqué à comprendre. «120 battements par minute», c’est venu de la house music. C’est la pulsation de ce genre musical, mais aussi le battement du cœur quand on tombe amoureux ou qu’on se lance dans une action. Ce sont tous ces moments où on est en survie et que le cœur se met à battre plus fort. Pour moi, ça évoquait très fortement cette impression de jubilation qu’il y avait à l’époque à Act Up, même si c’était dur.

Votre film se passe à une époque proche de nous, mais déjà révolue sur bien des plans…

J’ai le projet de faire un film d’anticipation, mais je n’ai pas envie que ce soit trop différent de notre réalité. J’ai éprouvé cette méfiance pour «120 battements par minute». Alors, on a choisi des vêtements d’époque qui ne sont pas trop pittoresques pour ne pas ériger une barrière entre le spectateur et le film, notamment les jeunes spectateurs. Je ne voulais pas non plus faire une reconstitution historique. Ce n’est pas un film sur le passé tourné en sépia ou en noir et blanc. Au contraire, je voulais redonner du présent à cette époque, la revivre au présent!

Après s’être exposés, certains membres d’Act Up se cachent pour mourir… Comment expliquez-vous ce retrait?

Tous ne l’ont pas fait, mais je voulais montrer le cas d’une personne qui se retranche sur elle-même. Dans la première scène de réunion, tout le monde se dispute sur une action soi-disant ratée qui vient d’avoir lieu. Sean, un des personnages les plus radicaux du film, a cette espèce de distance par rapport à la maladie, qui lui permet de convaincre tout le monde que cette action a été plutôt réussie. Il a cette agilité intellectuelle, cette mauvaise foi, qui le lui permet. Dans la dernière scène de réunion à laquelle il assiste, les images qui le parasitent ne sont plus celles de l’action, mais celles de sa propre maladie, de ses séjours et examens à l’hôpital. Pour le coup, il subit ces images. Il n’y a plus de distance entre lui et la maladie, ce n’est plus du jeu!

Vous dites avoir réalisé un film politique à la première personne?

Absolument, c’est comme lorsqu’on est en boîte de nuit ou dans une salle de cinéma. Ce sont des lieux collectifs, mais chacun est seul dans le noir. C’est un rituel assez étrange. Pourquoi allons-nous dans ces lieux? Pour être ensemble et se retrouver un peu seul? J’ai l’impression qu’il y avait un peu de ce miracle-là chez Act Up. Admettre qu’au fond on vit toujours les choses un peu solitairement, mais que pour produire de la politique, faire évoluer des situations, il faut se mettre ensemble.

INFO +

«120 battements par minute»,

avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel… A l’affiche dès ce soir à La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel

Le cœur battant du collectif


Vous avez lu gratuitement
une partie de l'article.

Pour lire la suite :

Profitez de notre offre numérique dès Fr 2.- le 1er mois
et bénéficiez d'un accès complet à tous nos contenus

Je profite de l'offre !
Top